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Atelier KANINE

Broder, réparer, résister : ce que les gestes oubliés racontent de notre époque


Une pratique reléguée à l’ombre


La broderie n’a pas disparu par hasard. Elle a été rendue invisible.


Longtemps associée à la sphère domestique, la broderie dite « ordinaire », celle des vêtements réparés, des trousseaux, du linge du quotidien, a été reléguée à l’arrière-plan de l’histoire. Non pas parce qu’elle était insignifiante, mais parce qu’elle ne correspondait pas aux critères de valeur dominants.


Ce qui se jouait dans ces gestes — répétitifs, précis, patients — relevait d’un savoir-faire profondément ancré dans la vie quotidienne. Un savoir-faire discret, transmis de génération en génération, sans institution, sans reconnaissance, sans archive.


Et pourtant, essentiel.



Travaux de bonne femme : invisibilisation et dévalorisation


La broderie porte en elle une première dévalorisation : celle des pratiques populaires.


Parce qu’elle était liée à des contextes de nécessité — faire durer, réparer, raccommoder — elle a été associée à une forme de modestie sociale, voire de pauvreté. À l’inverse des arts dits « nobles », elle ne produisait pas de distinction, mais de la continuité.


La seconde dévalorisation est profondément genrée.


La broderie fait partie de ce que l’on a longtemps appelé les « travaux de bonne femme » : des gestes liés au soin, au foyer, au maintien de la vie quotidienne. Des gestes indispensables, mais invisibles. Des compétences réelles, mais jamais reconnues comme telles. Des heures de travail, mais sans rémunération.


Ce n’est pas parce que ces gestes étaient simples.

C’est parce qu’ils étaient féminins.


Enfin, ces pratiques ont été historiquement exclues des espaces de légitimation : pas d’entrée dans les musées, peu d’archives, peu de transmission formelle. Une disparition silencieuse.



Industrialisation : la rupture


L’avènement de la société industrielle a profondément transformé notre rapport au textile.


Avec le développement du prêt-à-porter, puis de la fast fashion, les vêtements sont devenus des objets de consommation rapide. Produits à grande échelle, à bas coût, souvent dans des conditions sociales et environnementales désastreuses, ils sont désormais conçus pour être remplacés plutôt que réparés.


Dans ce contexte, les gestes de raccommodage ont perdu leur place.


Pourquoi réparer quand remplacer coûte moins cher ?

Pourquoi apprendre un geste qui ne semble plus utile ?


Progressivement, la transmission s’est rompue.


On n’a pas arrêté de réparer parce que c’était inutile.

On a arrêté parce qu’on nous a appris à jeter.


Et avec ces gestes, c’est tout un rapport au temps, à la matière et à l’autonomie qui s’est effacé.



La broderie comme espace de résistance



Réduire la broderie à une pratique décorative serait pourtant une erreur.


Dans The Subversive Stitch, l’historienne de l’art Rozsika Parker met en lumière toute l’ambivalence de la broderie : à la fois outil de domestication des femmes et espace d’expression intime, parfois subversif.


À travers l’histoire, des formes de résistance discrètes émergent dans les textiles. Messages codés, récits personnels, gestes réalisés en contexte de contrainte (prison, exil, enfermement). Beaucoup de ces traces ont disparu, précisément parce qu’elles n’étaient pas considérées comme dignes d’être conservées.


À partir du XXᵉ siècle, ces pratiques réapparaissent plus frontalement dans le champ artistique et militant.


Des artistes comme Judy Chicago avec The Dinner Party, Faith Ringgold et ses quilts narratifs, Louise Bourgeois ou encore Tracey Emin réinvestissent le textile comme médium politique.


Les Arpilleras chiliennes, réalisées pendant la dictature, en sont un exemple puissant : des scènes de vie et de violence cousues collectivement, pour témoigner, dénoncer, survivre.


La broderie n’a jamais été neutre.

Elle a simplement été sous-estimée.



Réparer aujourd’hui : un geste politique


Aujourd’hui, dans un contexte de crise écologique, sociale et politique, ces gestes réapparaissent avec une force nouvelle.


Réparer un vêtement, c’est refuser sa mise au rebut.

C’est ralentir.

C’est prolonger.

C’est choisir.


Des pratiques comme le sashiko ou le boro nous rappellent que faire avec peu, transformer, sublimer l’usure, peut devenir un geste esthétique autant que politique.


Réparer, c’est refuser l’obsolescence — des objets comme des corps.


C’est aussi réapprendre des gestes, retrouver une forme d’autonomie, et redonner de la valeur à ce qui semblait perdu.



Ce que je propose avec Atelier Kanine



À travers mes ateliers, je propose de réinvestir la broderie comme un outil à la fois technique, sensible et politique.


Un espace pour :

• réhabiliter des savoir-faire populaires et invisibilisés

• questionner nos modes de consommation

• utiliser le textile comme support de récit et de revendication

• expérimenter le geste comme forme de ralentissement et de présence


Je conçois la broderie comme un point de rencontre :

entre le soin et la résistance,

entre l’intime et le collectif,

entre mémoire et action.


Un geste simple, en apparence.


Mais chargé d’histoire, de tensions, et de puissance.


Médiation culturelle et ateliers pour collectivités et entreprises : https://www.atelierkanine.com/mediationculturelle

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